31 mars 2026 à 13:07
Le paradoxe du règlement atomique : la vitesse nuit-elle au marché ?
- Le règlement atomique élimine le risque de crédit mais crée un paradoxe du capital en exigeant un préfinancement intégral pour chaque transaction.
- Les États-Unis sont passés au règlement T+1 en 2024, et l'Europe, le Royaume-Uni et l'Asie devraient suivre d'ici 2027.
- Bien que le volume des transferts de stablecoins ait dépassé 1,8 billion de dollars, la perte d'efficacité de la « compensation » (netting) pourrait augmenter les coûts de transaction et favoriser les grands intermédiaires.
L'évolution vers des marchés instantanés
Les marchés financiers connaissent une transformation rapide vers des cycles de règlement plus courts. En 2024, les États-Unis ont fait passer leur marché boursier au règlement T+1, et d'autres régions majeures, dont l'Europe, le Royaume-Uni et certaines parties de l'Asie, prévoient de mettre en œuvre des changements similaires d'ici 2027. Ce mouvement est poussé à son paroxysme par la technologie blockchain et les actifs tokenisés, qui permettent le règlement atomique. Dans ce modèle, le transfert de l'actif et le paiement ont lieu simultanément, supprimant ainsi le risque de crédit de la contrepartie. Cette promesse technologique a déjà propulsé les volumes de transfert de stablecoins à plus de 1,8 billion de dollars.
Le paradoxe du règlement atomique
Malgré la rapidité opérationnelle, Chris Kim, PDG et cofondateur d'Axis, met en garde contre un « paradoxe » où l'accélération du règlement entraîne une diminution de l'efficacité financière. Les systèmes traditionnels, tels que T+2 ou T+1, permettent la « compensation », où les teneurs de marché et les chambres de compensation regroupent plusieurs transactions pour ne régler que la position nette finale. Cela permet à un petit pool de capitaux de soutenir un volume massif de transactions. En revanche, le règlement atomique (T+0) exige que chaque transaction soit entièrement financée et réglée immédiatement.
Ce changement introduit plusieurs contraintes de capital :
- Réduction de l'efficacité de la liquidité, le capital étant bloqué dans des transactions individuelles au lieu de circuler à travers de nombreux échanges.
- Coûts opérationnels plus élevés pour les fonds spéculatifs de taille moyenne et les entreprises qui doivent maintenir des réserves de trésorerie plus importantes.
- Risque d'élargissement des spreads pour les investisseurs particuliers, les fournisseurs de liquidité répercutant le coût de l'augmentation des exigences de fonds propres.
Évolution du rôle des intermédiaires de marché
Les données de la NSCC concernant le passage au T+1 ont montré que, bien que le Fonds de compensation ait chuté d'environ 3,0 milliards de dollars (23 %), les entreprises ont été contraintes de gérer la liquidité et les garanties dans des délais beaucoup plus serrés. Chris Kim suggère qu'au lieu de supprimer les intermédiaires, le règlement atomique pourrait en réalité renforcer leur position. Les grandes banques et institutions financières capables de coordonner la liquidité à grande échelle deviendront essentielles, fournissant les tampons de capitaux nécessaires au fonctionnement des marchés. Le rôle de l'intermédiaire ne disparaît pas, mais se déplace vers l'orchestration du capital et la gestion des risques dans un environnement en temps réel.
Innovation et résilience du marché
Pour atténuer les frictions causées par le règlement instantané, l'industrie explore de nouvelles solutions d'infrastructure. Des concepts tels que la mutualisation des liquidités, la compensation en temps réel et l'optimisation des marges inter-plateformes sont en cours de développement pour restaurer l'efficacité perdue lors de l'abandon du règlement différé. L'avenir des marchés financiers sera probablement défini par les entreprises capables de marier avec succès la vitesse de la technologie blockchain avec la discipline opérationnelle requise pour gérer des flux de capitaux à haute vélocité.
Quelle est la réaction du marché ?
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